Chemsex : Lyon a son site pilote de réduction des risques
À Lyon, deux structures sont sites pilotes du programme ARPA-Chemsex de réduction des risques. La loi sur le chemsex attend son examen au Sénat.
Par Théo V. · Publié le
Depuis plus de sept mois, une proposition de loi dort au Sénat. Elle vise à encadrer la prévention des risques liés au chemsex. Elle a été déposée le 10 février 2026 par Anne Souyris, sénatrice écologiste de Paris. Le texte n'a jamais été examiné en séance.
Pendant ce temps, à Lyon, un dispositif pilote de réduction des risques fonctionne déjà. Mais sans cadre légal, les associations craignent que la peur des poursuites retarde les appels aux secours. Ce retard expose à des décès évitables.
La proposition de loi n° 368 devait créer deux mesures clés. La première : la non-poursuite des personnes qui appellent les secours pour une overdose. La seconde : des messages de prévention obligatoires sur les applications de rencontre.
La diffusion de ces messages relèverait du contrôle de l'Autorité de régulation de la communication audiovisuelle et numérique, l'Arcom. Ces mesures visent à protéger les usagers face aux risques sanitaires. Pourtant, au 30 septembre 2026, le dossier législatif ne mentionne aucune date d'examen en séance.
À Paris, le bilan est lourd. Ces chiffres du parquet de Paris ont été publiés par Le Parisien le 20 avril 2026. Selon le parquet, 18 personnes sont mortes d'overdose depuis janvier 2026. Franceinfo, qui relaie ces données, avance 9 décès liés au chemsex.
L'association Chems Pause, qui recense les cas, juge ce chiffre sous-estimé. Elle dénombre au moins 20 décès en 2026.
« On compte nos morts et ce ne sont même pas les bons comptes. »
Sébastien Connus, membre de Chems Pause
Le 2 mars 2026, sept associations, dont AIDES et l'Inter-LGBT, publient une tribune dans Têtu. Elles demandent la dépénalisation de la simple consommation de drogues. Elles expliquent que la crainte d'une intervention policière retarde les appels aux secours. Cette peur contribue à des décès évitables.
« Bordeaux, Lyon, Tourcoing, Paris : la presse locale se fait régulièrement l'écho d'hommes morts dans le cadre du chemsex. »
Les signataires de la tribune
Lyon, l'un des cinq sites pilotes français

Lyon est l'un des cinq sites pilotes français du programme ARPA-Chemsex, pour « Accompagnement en réseau pluridisciplinaire amélioré ». La Fédération Addiction et AIDES mènent ce programme. Les autres villes pilotes sont Paris, Aix-Marseille, Bordeaux et Montpellier.
Deux structures lyonnaises y participent. La première est un centre d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques pour usagers de drogues, un CAARUD. Pause Diabolo est géré par l'association Le Mas, au 64 rue Villeroy, 69003 Lyon.
La seconde est le lieu de mobilisation d'AIDES Lyon, au 110 rue Sully, 69006 Lyon.
Ces centres proposent un suivi par plusieurs spécialistes aux personnes qui pratiquent le chemsex :
- Accueil et analyse de produits.
- Matériel de consommation à moindre risque, kits d'injection et préservatifs.
- Groupes de parole et consultations avec des psychologues et sexologues.
Le CAARUD Pause Diabolo est ouvert :
- Lundi : 10h-20h.
- Mardi, jeudi et vendredi : 10h-18h.
- Mercredi : 10h-14h.
Le lieu d'AIDES accueille le mardi de 14h à 19h. Du matériel adapté et des tests de dépistage y sont proposés.
Une étude française documente la hausse de l'usage de cathinones de synthèse. Elle est publiée en mars 2026 dans la revue Addiction Science & Clinical Practice. Ces substances sont historiquement liées au chemsex. Chez les usagers suivis de 2019 à 2023, les proportions déclarées évoluent ainsi :
- cathinones : de 1,1 % à 10,9 % ;
- cocaïne : de 53,2 % à 73,2 %.
Un drame lyonnais en 2024
Dans la nuit du 3 au 4 janvier 2024, un homme de 35 ans est mort après une soirée chemsex. Les faits se déroulent au 1 rue Janin, Lyon 4e. Son partenaire d'un soir, rencontré via une application de rencontre, a découvert son corps dans la salle de bains.
Il a nettoyé l'appartement, recouvert le corps d'une couverture et jeté les produits. Puis il s'est rendu à la police. Une enquête pour homicide a été ouverte, puis la garde à vue levée.
Les produits suspectés sont la gamma-butyrolactone (GBL) et la 3-MMC, deux substances couramment utilisées dans le chemsex.
Aucun des documents consultés ne donne de chiffre de mortalité lié au chemsex à Lyon ou en région Auvergne-Rhône-Alpes. Les associations locales rappellent que l'absence de données ne signifie pas l'absence de drames.
Pourquoi la loi est urgente
La proposition de loi n° 368 vise à combler un vide juridique. Aujourd'hui, la crainte des poursuites dissuade les usagers d'appeler les secours en cas d'overdose.
« On ne peut pas emprisonner quelqu'un qui va appeler pour porter secours à une personne en grave danger. »
Anne Souyris
Les associations demandent aussi que les applications de rencontre deviennent des lieux de prévention. Elles citent l'application Grindr. « Les plateformes doivent être tenues de diffuser des messages de prévention en santé sexuelle », ajoute la sénatrice.
Que faire à Lyon ?
Si vous ou un proche êtes concerné par le chemsex, des ressources existent à Lyon :
- CAARUD Pause Diabolo : 64 rue Villeroy, 69003 Lyon. Téléphone : 04 78 62 03 74.
- AIDES Lyon : 110 rue Sully, 69006 Lyon. Accueil le mardi de 14h à 19h.
Ces structures proposent du matériel de réduction des risques, kits d'injection et préservatifs. Elles offrent aussi des tests de dépistage et un accompagnement psychologique et sexologique.
Le chemsex désigne l'usage de drogues lors de rapports sexuels. Il touche principalement des hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes (HSH), sans s'y limiter. À Lyon comme ailleurs, la réduction des risques est une priorité. Mais sans cadre légal, les associations peinent à protéger les usagers.
Pour aller plus loin
Sources
- https://www.senat.fr/dossier-legislatif/ppl25-368.html
- https://www.federationaddiction.fr/unions-regionales/chemsex-club-des-ressources-pour-les-chemsexeurs/
- https://tetu.com/2026-04-08/avril-utile-chemsex-ressources-sante-soutien-accompagnement-addiction-communautaire-medecin-psy-sexologue-groupe-parole/
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