Répression anti-LGBT+ en Turquie : Pinar Selek, l'écho lyonnais
Raids, perquisitions et comptes bloqués : la Turquie frappe ses associations LGBT+ et VIH. À Lyon, écho du procès de Pinar Selek, le 18 septembre 2026.
Publié le
Dans la nuit du 12 au 13 septembre 2026, la Turquie a lancé une opération policière d'ampleur. Elle vise les associations LGBT+ et les militants des droits humains. 15 provinces sont touchées, dont Istanbul, Ankara et Izmir.
Baptisée « Ma famille est en sécurité », l'opération vise 162 suspects poursuivis par la justice. Le ministre turc de la Justice, Akın Gürlek, annonce aussi 9 associations et 13 entreprises ciblées. 47 gardes à vue sont confirmées par les parquets.
À Ankara, plus de dix militants de Kaos GL ont été arrêtés à leur domicile, selon l'association.
Une opération nationale sans précédent
Les perquisitions commencent vers 1 h du matin. Elles ciblent des associations, des bars gays, une boîte de nuit et un hammam à Istanbul.
À Ankara, le siège de Kaos GL est perquisitionné. La police saisit ordinateurs, téléphones et disques durs, et place en garde à vue les membres du conseil d'administration.
Le bilan par ville, selon les parquets :
- 26 personnes interpellées à Istanbul
- 21 à Ankara
- 18 gardes à vue à Izmir
Parmi les personnes interpellées d'Izmir, 16 sont placées en détention provisoire le 14 septembre.
Les autorités turques accusent les militants d'« obscénité », en invoquant l'article 226 du code pénal. Elles leur reprochent aussi une infraction à la loi sur les associations. Les publications en ligne sont visées.
Blocages en ligne et répression ciblée
Avant les perquisitions, les autorités font bloquer des sites web et des comptes de réseaux sociaux.
Une ordonnance du 7e juge pénal de paix d'Istanbul est exécutée par X (ex-Twitter). L'association de défense de la liberté d'expression İFÖD, relayée par bianet, recense 73 entités. Parmi les cibles : Kaos GL, Pembe Hayat, SPoD et Lambdaistanbul.

LİSTAG, HEVİ, 17 Mayıs et Genç LGBTİ+ sont également bloqués, ainsi qu'ÜniKuir. Enfin Pozitif Yaşam, association de lutte contre le virus de l'immunodéficience humaine (VIH), subit le même sort.
Les autorités allèguent une influence inappropriée portant sur l'orientation sexuelle et l'identité de genre. Elles veulent empêcher que l'activité LGBT+ soit perçue comme normale dans la société. Aucune preuve publique ne soutient ces allégations.
Réactions internationales et locales
L'Association des droits de l'homme (İHD) qualifie l'opération de « discrimination d'État ». Elle dénonce un « démantèlement de la société civile ».
Les associations LGBT+ turques publient un communiqué commun :
> « Être LGBTI+, fonder une association et défendre ses droits n'est pas un crime. »
Nacho Sánchez Amor, rapporteur du Parlement européen pour la Turquie, dénonce une « escalade choquante ».
La Commission européenne exprime sa « préoccupation ». Elle rappelle les obligations de la Turquie, pays candidat à l'Union européenne (UE). Ce pays doit garantir les droits de tous, et l'orientation sexuelle ne doit pas être un critère.
En Turquie, la députée Özgül Saki, du parti de gauche pro-kurde DEM, a réagi. Elle déclare : « Les droits LGBTI+ sont des droits humains. » Le bureau LGBTI+ du Parti des travailleurs (TİP) condamne aussi l'opération.
Un lien lyonnais avec la répression turque
À Lyon, la répression turque résonne à travers le cas de Pinar Selek, sociologue franco-turque. Elle est citoyenne d'honneur de la Ville de Lyon depuis décembre 2023.
La justice turque la poursuit depuis 1998. La 15e Cour d'assises d'Istanbul a fixé une audience au , en exigeant sa présence physique.
Pinar Selek est aussi docteure honoris causa de l'École normale supérieure (ENS) de Lyon, depuis 2013. Elle milite pour les droits humains. Dans son discours lyonnais, elle soutient « les multiples mouvements sociaux, féministes, écologistes, antiautoritaires, LGBTIQ+ ». Elle vit en France, mais la justice turque demande sa détention.

L'Observatoire pour la protection des défenseurs des droits humains alerte, tout comme la LDH (Ligue des droits de l'Homme). Elles dénoncent un harcèlement judiciaire. Pour elles, cette répression ciblée des universitaires et des défenseurs des minorités s'intensifie en Turquie.
Contexte : une répression systématique
Cette opération s'inscrit dans un cadre politique. Elle relève de la « Décennie de la famille et de la population 2026-2035 », lancée par le président Erdogan.
La circulaire présidentielle 2026/4 invoquée vise à protéger « l'institution familiale » et « l'ordre public ».
La Pride d'Istanbul est interdite depuis 2015, et ses participants sont arrêtés chaque année. En 2022, 373 gardes à vue ont été recensées, et au moins 50 en juin 2026.
Le ministre turc de la Justice annonce aussi un examen par le MASAK (organisme turc d'enquête financière anti-blanchiment). Il porte sur des « transferts de montants élevés » reçus d'« institutions publiques étrangères ».
Échéance et ouverture
Le 18 septembre 2026 sera une date cruciale : la 15e Cour d'assises d'Istanbul jugera Pinar Selek. Cette audience symbolise la répression en Turquie.
Aucune réaction publique des associations LGBT+ lyonnaises n'est recensée. Pourtant, le cas de Pinar Selek crée un pont entre la répression turque et Lyon.
Pour découvrir les associations LGBT+ suivies par L'ESSENCIEL à Lyon, consultez notre annuaire. Notre guide des associations LGBT de Lyon présente le tissu associatif local. Suivez l'actualité LGBT+ mondiale dans notre rubrique international.
Pour aller plus loin
Sources
- https://tetu.com/2026-09-14/turquie-homophobie-etat-repression-anti-lgbt-erdogan-change-echelle
- https://www.reuters.com/world/middle-east/turkey-detains-26-people-after-raids-targeting-lgbtq-groups-2026-09-13/
- https://www.ldh-aix.org/2026-04-23/turquie-poursuite-du-harcelement-judiciaire-a-lencontre-de-pinar-selek/
Une erreur dans « Répression anti-LGBT+ en Turquie : Pinar Selek, l'écho lyonnais » ? Un fait à préciser, une source à ajouter, un témoignage à apporter sur le sujet ? Écrivez à la rédaction et on rectifie. Une correction vaut mieux qu'une erreur qui reste en ligne.