Cinq ans après la loi de bioéthique du 2 août 2021, la procréation médicalement assistée (PMA), appelée assistance médicale à la procréation (AMP) dans les textes, reste un parcours d'attente pour les couples de femmes et les femmes non mariées. À Lyon, le don de sperme se fait attendre, et l'accès aux origines bute sur des dossiers perdus.
Le délai moyen national n'a pas reculé : 17,7 mois en 2025 pour une PMA avec don de spermatozoïdes, un niveau identique à celui de 2024, selon l'Agence de la biomédecine.
La demande, elle, continue de croître. Elle a été multipliée par six environ depuis 2021, selon Le Monde et Basta!, qui s'appuient sur l'Office parlementaire d'évaluation des choix scientifiques et technologiques (OPECST). RFI évoque de son côté une multiplication par huit.
Plus de 12 000 demandes d'AMP avec don de spermatozoïdes ont été enregistrées en 2025, de la part de couples de femmes et de femmes seules, selon l'Agence de la biomédecine. En face, 1 015 candidats au don de spermatozoïdes ont été recensés la même année, un niveau proche de 2024 mais nettement supérieur à la moyenne de 380 observée avant la loi.
Les délais varient fortement selon les territoires, de 8 à 28 mois. Le Monde et l'Agence de la biomédecine relèvent des tensions particulières en Île-de-France, en Bourgogne-Franche-Comté, en Nouvelle-Aquitaine et à La Réunion. L'Auvergne-Rhône-Alpes n'y figure pas, sans qu'aucune source lue ne permette d'établir le délai actuel à Lyon.
À Lyon, le centre de Bron face à la demande
Le centre d'étude et de conservation des œufs et des spermatozoïdes humains (CECOS) (Centre d'étude et de conservation des œufs et du sperme humain) lyonnais est intégré au service de médecine de la reproduction des Hospices Civils de Lyon (HCL), à l'hôpital Femme Mère Enfant de Bron, 59 boulevard Pinel, 69500 Bron.
Le dernier chiffre local disponible date d'octobre 2024. Le service de Bron rapportait alors un parcours d'environ un an pour un don de spermatozoïdes, et de 18 à 24 mois pour un don d'ovocytes, selon la Tribune de Lyon.
La tension est réelle. Le Dr Muriel Lopes, du service de médecine de la reproduction des HCL, alertait dans la Tribune de Lyon : « Pour l'instant, on fait face à la demande, mais rapidement on va se retrouver à devoir rallonger les délais d'attente s'il n'y a pas rapidement de recrutement de donneurs et donneuses ».
À Lyon, la répartition des candidates en attente était de 44 % de couples de femmes, 38 % de femmes seules et 18 % de couples hétérosexuels. Près de 500 nouveaux demandeurs ont été inscrits en 2024, d'après la Tribune de Lyon.
L'accès aux origines freiné par des dossiers perdus
La loi de 2021 a aussi ouvert aux personnes nées d'un don l'accès à leurs origines, en levant partiellement l'anonymat des donneurs. Les demandes passent par la Commission d'accès aux données non identifiantes et à l'identité du donneur (Capadd).
Ce second volet bute à Lyon sur des dossiers non retrouvés. Sur 39 demandes de recherche d'origine déposées au CECOS de Lyon, 16 personnes n'ont pas obtenu l'identité de leur donneur, un chiffre rapporté par France 3 Auvergne-Rhône-Alpes en juin 2024.
Le Progrès confirmait dès mai 2024 que le centre « ne parvient pas à retrouver certains dossiers » et que des recours en justice allaient être déposés. France 3 Auvergne-Rhône-Alpes documentait de son côté des dossiers qui ont « purement et simplement disparu des placards aux archives ».
Des discriminations qui persistent
Cinq ans après la loi, des inégalités d'accès demeurent. Les hommes trans restent exclus par la formulation du texte, qui réserve la PMA aux couples de femmes et aux femmes non mariées, relève Basta!. Des inégalités selon l'âge et la corpulence, notamment un indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 35, sont également documentées.
L'Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL) regrette qu'aucune recommandation ne porte sur l'accès des personnes trans dans le rapport d'évaluation de l'OPECST, rendu public début juillet 2026. Ce rapport formule 82 recommandations, dont 20 consacrées à l'AMP, selon l'association.