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Les comportements homosexuels sont observés dans la nature
International · Lyon

Les comportements homosexuels sont observés dans la nature

Des comportements sexuels entre animaux de même sexe existent chez de nombreuses espèces. Chiffres de l'étude de 2023, hypothèses des chercheurs et sens du mot naturel.

Par  · Publié le

Des comportements sexuels entre individus de même sexe sont observés chez de nombreuses espèces animales. Ils apparaissent en captivité comme à l'état sauvage, y compris chez des mammifères.

Ces observations ne disent rien de l'orientation sexuelle des animaux. Elles ne permettent aucune conclusion sur l'humain. Les chercheurs appellent à la prudence : le fait est établi, son sens reste débattu.

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Un sujet longtemps lu à travers le mot « nature »

Les premiers observateurs, à la fin du XIXe siècle, attribuaient ces comportements à la captivité. Ils les jugeaient anormaux.

Une question de fond reste attachée au sujet : qu'appelle-t-on « naturel » ?

Dans un ouvrage collectif de 2006 publié par Cambridge University Press, les chercheurs Volker Sommer et Paul Vasey le rappellent. Selon eux, le comportement animal sert souvent de mesure du « naturel » ou du « non naturel » dans des décisions juridiques.

Le mot « naturel » apparaît donc dans des décisions juridiques, selon ces deux chercheurs.

Les sujets de société se retrouvent dans la rubrique France et la rubrique Culture.

Ce que dit l'étude de 2023

En octobre 2023, la revue Nature Communications publie une étude de José María Gómez et de ses collègues. Elle est dite phylogénétique : elle s'appuie sur les liens de parenté entre espèces.

Cette méthode permet de suivre l'histoire d'un comportement à travers les branches de l'arbre du vivant. Selon les auteurs, le comportement est rapporté chez 261 espèces de mammifères.

Selon cette étude, ces 261 espèces représentent environ 4 % des espèces de mammifères. Les auteurs relèvent aussi des chiffres précis :

  • 62 familles de mammifères concernées
  • 12 ordres de mammifères concernés
  • au moins 51 espèces de primates

Les auteurs concluent que cette pratique n'est pas l'état d'origine des mammifères. Selon eux, elle est apparue plusieurs fois au cours de l'évolution. Ils la jugent plus fréquente chez les espèces sociales, celles qui vivent en groupe.

Des espèces où le comportement a été observé

La liste ci-dessous n'est pas exhaustive. Elle rassemble des espèces, mammifères ou non, chez lesquelles des comportements entre individus de même sexe ont été décrits par des observateurs, en captivité ou à l'état sauvage.

Primates

  • Bonobo, chez qui les contacts génitaux entre femelles sont très fréquents
  • Chimpanzé
  • Gorille
  • Orang-outan
  • Macaque japonais, dont les femelles forment des couples temporaires
  • Macaque rhésus
  • Babouin
  • Gibbon

Autres mammifères

  • Girafe, chez qui une large part des montes observées a lieu entre mâles
  • Lion
  • Éléphant d'Afrique et d'Asie
  • Dauphin à gros nez
  • Orque
  • Baleine grise
  • Baleine à bosse
  • Morse
  • Otarie et phoque
  • Bison d'Amérique
  • Mouflon canadien
  • Mouton domestique, avec une part de béliers n'ayant d'intérêt que pour d'autres béliers
  • Bovin domestique
  • Cheval
  • Cerf élaphe
  • Hyène tachetée
  • Loup
  • Chien domestique
  • Chat domestique
  • Koala
  • Kangourou
  • Suricate
  • Chauve-souris frugivore
  • Rat et souris

Oiseaux

  • Manchot, l'exemple le plus médiatisé : à New York, Roy et Silo, deux manchots à jugulaire mâles du zoo de Central Park, ont couvé un œuf et élevé un poussin au début des années 2000 ; en Australie, Sphen et Magic, deux manchots papous mâles de l'aquarium de Sydney, ont élevé des poussins ; des cas comparables ont été décrits chez des manchots royaux, des manchots de Humboldt et des manchots Adélie
  • Albatros de Laysan, avec des couples de femelles qui élèvent ensemble un poussin à Hawaï
  • Cygne noir, dont des couples de mâles élèvent des petits
  • Flamant rose
  • Vautour fauve
  • Canard colvert
  • Goéland
  • Mouette
  • Oie
  • Pigeon
  • Cormoran
  • Mésange
  • Hirondelle

Reptiles, amphibiens, poissons et invertébrés

  • Lézard à queue en fouet, espèce composée uniquement de femelles, chez qui des pseudo-accouplements sont décrits
  • Gecko
  • Tortue
  • Grenouille
  • Guppy
  • Épinoche
  • Drosophile
  • Punaise de lit
  • Libellule
  • Coléoptère

Un chiffre qui change selon le calcul

Un autre chiffre circule : 251 espèces sur 1 721, soit 14,6 %. Science et Vie le reprend de l'étude. Il vient d'un sous-ensemble précis de l'étude, appelé sous-ensemble I.

Dans ce sous-ensemble, 251 espèces de mammifères ont le comportement et 1 470 ne l'ont pas. Ce chiffre ne dit donc pas que 14,6 % des mammifères sont concernés.

Il ne faut pas non plus le confondre avec les 261 espèces. Les deux chiffres viennent de la même étude, mais ils ne comptent pas la même chose.

Ils ne s'appliquent pas non plus à tous les animaux. Les deux chiffres ne concernent que des mammifères.

1 500 espèces ou davantage de prudence

Le chiffre de « plus de 1 500 espèces » est repris dans de nombreux médias. Science et Vie écrit « pas moins de 1 500 espèces ». Radio France écrit « plus de 1 500 espèces ».

Photo de Richard Harris sur Pexels
Photo de Richard Harris sur Pexels

Aucun de ces médias ne donne de source primaire pour ce chiffre. Selon l'étude de 2023, il renvoie à Bruce Bagemihl (1999) et à Sommer et Vasey (2006).

Le chiffre est contesté. Dans l'ouvrage de 2006, l'extrait lu évoque des « centaines » d'espèces pour le travail de Bagemihl de 1999.

La rédaction ne tranche pas entre ces versions. Elle indique simplement que l'origine du chiffre de 1 500 n'est pas établie dans les documents lus.

Les auteurs de l'étude de 2023 estiment que leur chiffre est probablement sous-estimé. Selon eux, les données manquent pour beaucoup d'espèces.

Brian Lerch, cité par Science et Vie, juge que les résultats pourraient évoluer avec davantage de données.

Les hypothèses des chercheurs

Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer ces comportements. Aucune n'est prouvée comme cause unique. L'étude de 2023 elle-même ne conclut pas en ce sens.

Les hypothèses dites adaptatives évoquent des alliances, la réduction des conflits et le maintien des liens sociaux. Une hypothèse adaptative suppose que le comportement apporte un avantage à l'espèce ou au groupe.

Selon Science et Vie, ces pistes sont portées par Cécile Garcia, du Centre national de la recherche scientifique (CNRS) et du Muséum national d'histoire naturelle (MNHN), et par Dalila Bovet, de l'université Paris-Nanterre.

Evelyne Heyer évoque pour sa part la pacification des relations sociales, d'après Radio France.

Une autre hypothèse n'est pas adaptative. Elle est attribuée à Monk et ses collègues (2019), telle que la présentent Gómez et ses collègues. Elle y voit un effet secondaire d'une sexualité peu sélective.

L'article de Monk et ses collègues n'a pas été lu par la rédaction. Elle ne le connaît que par la présentation qu'en fait l'étude de 2023.

Ce que ces comportements ne disent pas

Les chercheurs avertissent que le comportement entre individus de même sexe chez l'animal n'est pas synonyme d'orientation sexuelle. L'orientation sexuelle désigne les personnes vers lesquelles on se sent attiré. Elle ne se lit pas dans un comportement observé.

José María Gómez dit que le comportement étudié ne désigne pas l'orientation. Selon lui, les implications pour l'humain sont « indirectes et marginales », d'après Science et Vie.

Aucune conclusion sur l'humain ne peut donc être tirée de ces observations. Cette règle vaut dans les deux sens : ni pour dire que le comportement serait « naturel » chez l'animal, ni pour en déduire quoi que ce soit chez les humains.

Ce qui reste en suspens

Le fait est établi : ces comportements existent chez de nombreuses espèces. Le nombre exact d'espèces, lui, diverge selon les sources.

Les causes restent des hypothèses. Les chiffres de l'étude de 2023 sont présentés par ses auteurs comme probablement sous-estimés. Ils pourraient évoluer avec de nouvelles données.

Reste enfin le mot « naturel ». Il sert parfois de mesure dans des décisions juridiques, selon Sommer et Vasey. Les chercheurs cités insistent, eux, sur ce que ces observations ne permettent pas de conclure.

Pour aller plus loin

Sources

  • https://www.nature.com/articles/s41467-023-41290-x
  • https://www.science-et-vie.com/article-magazine/aux-origines-de-lhomosexualite-animale
  • https://assets.cambridge.org/97805218/64466/excerpt/9780521864466_excerpt.pdf
Wilfried Carbonell
Wilfried Carbonell Publié le 29/10/2026 à 09:51

Lyonnais depuis 11 ans, j’ai créé et dirigé un site de rencontres LGBT+ pendant 16 ans, avant de prendre les rênes du XS bar. Toujours en contact avec les acteurs du milieu, je mets mon expérience et mon réseau au service de mon commerce dans la Presqu’île, où inclusion, convivialité et engagement sont au cœur de mon projet.

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